Peurs Sociales et Intimes

Nous souhaitons à travers ce projet questionner les peurs collectives et intimes de nos contemporains en allant à leur rencontre, telle une étude sociologique. Nous devons aussi nous confronter en tant qu'artistes à un certain inconfort intellectuel en nous confrontant à des pensées divers, en nous mettant en position de chercheurs sans jugement. Nous devons nous mettre aussi en position indélicate. Nous ne savons donc jamais quelles seront nos rencontres, notre public, notre alimentation, notre couchage.
Que ce soit des membres de l'équipe ou des personnes que nous rencontrons, l'idée est de dépasser le sentiment de défiance ambiant en cherchant un logement pour la nuit ce qui place le demandeur et le logeur potentiel dans une fragilité commune. Lors de la première marche nous avons pu tous nous loger très facilement et ce temps d’incursion dans l'intimité du ou des logeurs favorise le dialogue et les discussions profondes et sincères. Chaque matin les artistes comédiens ont 2 à 3 heures pour réaliser des interviews au café du coin. Ils se mettent ensuite en route. Ce temps de marche permet à chacun de se connecter à ce qui nous entoure au rythme de la marche et de construire son parcours intérieur pour la représentation du soir à la nouvelle étape.

Le projet artistique se concrétise ainsi chaque jour avec des représentations en plein air à travers des créations de personnages inspirés des interview réalisés le matin même ou lors des interview des logeurs ou des personnes rencontrées en chemin. La forme de ces propositions artistique évolue chaque jour (déambulatoire, fixe, parcours sensitif...). Les artistes comédiens ont 1 heure pour penser et travailler leur solo et une scène à plusieurs. La capacité d'improvisation (être son propre dramaturge en direct pour servir le propos) et d'adaptation sont donc une part importante du travail.

Le premier territoire parcouru est la Drôme mais nous souhaitons arpenter des territoires divers sur plusieurs années. Nous avons décidé d'échelonner les marches par saisons climatiques. Cela nous permet de créer un lien et de l'entretenir avec le public pendant 8 jours à 4 reprises dans l'année. Nos marches ne sont pas annoncées pour questionner la place de la spontanéité aujourd'hui et la nécessité de planifier pour aller toujours plus vite, entrainant une contrainte de performance et de sur-projection: le présent n'est plus investi. Nous comptons sur le bouche à oreille et sur la communication en direct faite par les membres de l'équipe à chaque arrivées dans les ville-étapes. Ainsi nous pouvons jouer le soir venu face à un public fluctuant, dépendant de notre capacité à communiquer dans le temps présent. Pour en savoir plus sur ce qui sous-tend ce vaste projet vous pouvez consulter la note d'intention en suivant le lien ci-dessous.

Ce projet est un mouvement, une avancée, un pas vers l'Autre. Il est question de dépasser la peur animale qui nous impose une défiance systématique vis-à-vis de l'Autre. Il m'est alors apparu évident de devoir chercher à nous confronter à cette peur universelle. La deuxième phase de ce projet va donc être de traverser des cycles de 7 jours d'errance. Nous allons nous mettre en marche pour aller de centre ville en place de village, de champs en parkings, de salle de fête en jardin public, afin de proposer chaque soir un spectacle improvisé à un public qui ne nous attend pas. Cet Autre aura aussi la possibilité de dépasser sa peur quand nous lui demanderons de nous nourrir et nous loger pour la nuit. Ces périodes d'itinérance seront courtes pour commencer. Elles auront lieu à 4 reprises dans l'année en suivant les saisons. Pour cette première année, le territoire ciblé est la Drôme. L'envie de ramener ce spectacle en salle se fera sentir à un moment donné pour rendre cette expérience plus abordable."

Anne-Sophie Ortiz-Balin.